Le commentaire d'al Sīrāfī sur le chapitre 565 du Kitāb de Sībawayhi
par
Gérard Troupeau

(reproduced below is the core of the text of Troupeau, G. 1958. 'Le commentaire d'al-Sīrāfī
sur le chapitre 565 du Kitāb de Sībawayhi', Arabica 5, pp. 168-182)

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Le chapitre 565 est le premier d'un groupe de sept chapitres qui constituent la fin du Kitāb intitulée: Bāb al-idġām. Variante intéressante, dans la recension d'al-Sīrāfī, cette dernière partie porte le titre de Kitāb al-idġām. Dans ce premier chapitre, intitulé Bāb ῾‎adad al-ḥurūf al-῾‎arabiyya, Sībawayhi traite de la phonétique, non pas pour elle-même, mais dans la mesure où elle sert à expliquer les phénomènes d'assimilation et d'accommodation qui sont exposés dans les chapitres suivants.
Al-Sīrāfī l'a bien vu, car après avoir mentionné les deux mots qui permettent de retenir les phonèmes maǧhūra et mahmūsa, il note: "celui qui étudie la Méthode (naḥw) ne s'appuie pas beaucoup sur eux et il n'est besoin de les mentionner qu'à cause de l'assimilation qui est la fin de la Méthode". Le chapitre de Sībawayhi de divise en cinq parties, dont al-Sīrāfī commente les quatre premières, après en avoir donné le texte.

I. L'ÉNUMÉRATION DES PHONÈMES

A) Le texte de Sībawayhi

Sībawayhi énumère vingt-neuf phonèmes originels (uṣūl) dans un ordre qui correspond, à quelques variantes près, au classement par lieu d'émission. Al-Sīrāfī donne deux rédactions de ce texte. La première fournit des variantes intéressantes puisqu'il s'agit d'un classement phonétique. Voici l'ordre des phonèmes qui diffère à partir du ḫā᾽‎: qāf, kāf (comme dans le classement par lieu d'émission); prépalatales (ǧīm, šīn; dentales (ṭā᾽‎, dāl, tā᾽‎); labiales, au milieu desquelles est insérée la prépalatale yā᾽‎ (fā᾽‎, bā᾽‎, mīm, yā᾽‎, wāw); ḍād qui, comme dans le classement par lieu d'émission, précède les liquides (lām, rā᾽‎, nūn); interdentales (ẓā᾽‎, ḏāl, ṯā᾽‎); sifflantes (ṣād, zāy, sīn). La deuxième rédaction contient le classement (tartīb) du Kitāb d'Abū Bakr Mabramān. Il est identique à celui des éditions de Būlāq et de Derenbourg, sauf que le qāf précède également le kāf.

Dans l'énumération des six phonèmes dérivés (furū῾‎), la recension donnée par al-Sīrāfī fournit trois variantes:
l'alif al-imāla est appelé alif al-tarḫīm ya῾‎nī alif al-imāla; l'alif al-tafḫīm est ainsi défini: wa-hiya l-alif allatī yunhā bihā naḥw al-wāw fī luġat ...; la phrase: wa-hiya aḫaff ... fī l-yamīn, qui semble bien être une interpolation dans l'édition de Derenbourg p. 452, l. 17-20), n'y figure pas.

B) Le commentaire d'al-Sīrāfī

Al-Sīrāfī ne commente pas la série des vingt-neuf phonèmes originels "car, dit-il ils sont connus et ne nécessitent pas de commentaire". Par contre, les phonèmes dérivés retiennent longuement son attention.

1) Les six phonèmes dont la prononciation est jugée bonne (mustaḥsana).

a) le nūn ḫafīfa

Ibn Ya῾‎īš reproduit le texte en omettant deux passages: l'un, dans lequel al-Sīrāfī dit avoir vu, dans le Kitāb d'Abū Bakr Mabramān, la leçon al-ḫafiyya et que ce doit être al-ḫafiyya, comme l'explication l'indique; l'autre, qui concerne l'articulation de ce phonème.

Al-Astarābāḏī reproduit, en les abrégeant, les deux passages omis par Ibn Ya῾‎īš.

Le commentaire sur le nūn ḫafīfa est suivi d'un texte assez long, dans lequel al-Sīrāfī étudie les phénomènes d'assimilation et d'accommodation du nūn, qui normalement devraient être traités dans le commentaire du chapitre 567 de Sībawayhi. Ibn Ya῾‎īš ne reproduit que le texte concernant l'assimilation. Par contre, il reproduit deux fragments du texte concernant l'accommodation, fragments qui font partie de la réponse à la question de savoir si le bā᾽‎ est comme les quinze phonèmes devant lesquels le nūn est ḫafiyya, ou comme les phonèmes devant lesquels il est bayyina.

b) le hamza bayna bayn

Ibn Ya῾‎īš reproduit le texte amputé du début et de la fin. Au début, al-Sīrāfī constate que Sībawayhi a compté le hamza bayna bayn pour un seul phonème, mais que d'après lui, il doit être compté pour trois. À la fin, il remarque que le yā᾽‎ étant différent du wāw, le phonème qui est entre le hamza et le yā᾽‎ doit être différent de celui qui est entre le hamza et le wāw, et de même, celui qui est entre le hamza et le alif. Il signale enfin, qu'il a été traité de ce phonème dans le chapitre du hamz.

c) l'alif al-tarḫīm

Ibn Ya῾‎īš reproduit le début du texte. Al-Sīrāfī cite ensuite un vers de Ḏū l-Rumma dans lequel figure le mot raḫīm et signale que le chapitre de l'imāla et de ses lois précède. Al-Astarābāḏī résume le texte et cite le vers.

d) le sīn prononcé comme le ǧīm

Ibn Ya῾‎īš reproduit le texte en entier.

e) le ṣād prononcé comme le zāy

Ibn Ya῾‎īš reproduit le texte en entier.

f) l'alif al-tafḫīm

Ibn Ya῾‎īš et al-Astarābāḏī reproduisent la fin du texte. Au début, al-Sīrāfī dit qu'il est le contraire de l'imāla, car dans
l'imāla l'alif tend vers le yā᾽‎.

2) Les huit phonèmes dont la prononciation n'est pas jugée bonne (ġayr mustaḥsana).

a) le kāf prononcé entre le ǧīm et le kāf
Ibn Ya῾‎īš reproduit le début du texte. Al-Sīrāfī ajoute que pour les gens de science, cette prononciation est vicieuse (mu῾‎ība, marḏūla).

b) le ǧīm prononcé comme le kāf

Ibn Ya῾‎īš reproduit le texte en entier.

c) le ǧīm prononcé comme le šīn

Ibn Ya῾‎īš reproduit le début et la fin de ce texte et en résume le milieu, en omettant le passage dans lequel al-Sīrāfī remarque avec pertinence que "dans la prononciation, le naturel penche pour le plus facile".

d) le ṭā᾽‎ prononcé comme le tā᾽‎

Ibn Ya῾‎īš et al-Astarābāḏī reproduisent le texte en entier.

(e) le ḍād ḍa῾‎īfa

Ibn Ya῾‎īš reproduit le début du premier texte, en omettant la fin où al-Sīrāfī dit avoir vu, dans la marge du Kitāb d'Abū Bakr Mabramān, la glose: "al-ḍād al-ḍa῾‎īfa, ils disent: uḍrud lahu pour uṯrud lahu, rapprochant le ṯā᾽‎ du ḍād". Al-Astarābāḏī reproduit ce premier texte en entier et le second, concernant le lieu d'émission du ḍād ṣaḥīḥa et du ḍād ḍa῾‎īfa, que G. Jahn a également publié.

(f) le ṣād prononcé comme le sīn

Al-Astarābāḏī résume le texte.

(g) le ẓā᾽‎ prononcé comme le ṯā᾽‎ et le bā᾽‎ prononcé comme le fā᾽‎

Al-Astarābāḏī résume le texte.

Enfin, la conclusion d'al-Sīrāfī sur ces phonèmes mustarḏala est reproduite par Ibn Ya῾‎īš et al-Astarābāḏī.

Après avoir décrit ces phonèmes, al-Sīrāfī en mentionne quatre autres qui ne figurent pas dans l'énumeration de Sībawayhi. Ce sont:

le šīn et le ǧīm prononcés comme le zāy; il remarque que Sībawayhi les a mentionnés "dans un chapitre, un peu avant la fin du Kitāb"; al-Astarābāḏī mentionne également ces deux phonèmes.

Le lām mufaḫḫama dans le nom d'Allāh; cette prononciation se rencontre dans le dialecte des gens du Ḥiǧāz, des Arabes qui les touchent et de la région du ῾‎Irāq avoisinante, jusqu'à Kūfa et Baġdād; al-Astarābāḏī mentionne le lām al-tafḫīm.

Le qāf qu'il a entendu prononcer par des gens entre le qāf et le kāf, c'est-à-dire comme le kāf prononcé entre le kāf et le ǧīm, et le ǧīm prononcé comme le kāf; al-Astarābāḏī mentionne ce phonème, en résumant le texte.

LES LIEUX D'ÉMISSION (maḫāriǧ)

A) Le texte de Sībawayhi

La recension donnée par al-Sīrāfī fournit une seule variante qui concerne le lieu d'émission du ġayn et du ḫā᾽‎: wa-adnā
maḫāriǧ al-ḥalq ilā l-lisān al-ġayn wa-l-ḫā᾽‎
, au lieu de: wa-adnāhā muḫraǧan min al-fam.

B) Le commentaire d'al-Sīrāfī

Ce commentaire se compose de trois parties: un fragment du Kitāb al-῾‎Ayn, un fragment d'al-Farrā᾽‎ et la critique des opinions de ce dernier.

1) Le fragment du Kitāb al-῾‎Ayn

Ce fragment, qui comprend la division des phonèmes en ṣiḥāḥ et en ǧūf, et leur classement par ḥayyiz et par mabda᾽‎, n'est pas inconnu: il se trouve au début de la partie de l'ouvrage qui nous est parvenue et qui a été publiée. Il nous est également conservé dans la partie éditée de l'oeuvre d'al-Azharī, contemporain d'al-Sīrāfī. Dans ces deux recensions, le texte est fort malmené: omissions, additions, et mauvaises lectures. La recension donnée par al-Sīrāfī présente également des lacunes, mais grâce à elle, un texte meilleur pourra être établi. Très probablement d'après le commentaire d'al-Sīrāfī, Ibn Ya῾‎īš et al-Astarābāḏī ont utilisé ce fragment du Kitāb al-῾‎Ayn. Ibn Ya῾‎īš résume le début, puis combine les classements par ḥayyiz et par mabda᾽‎ avec le classement par muḫraǧ de Sībawayhi, et redonne enfin un résumé du classement par mabda᾽‎.

Al-Astarābāḏī résume le début, puis le classement par mabda᾽‎.

2) Le fragment d'al-Farrā᾽‎

"Al-Farrā᾽‎ dit: sache que l'alif, qui est le hamza, le ῾‎ayn et le ḥā᾽‎ sont analogues (aḫawāt), à cause de la proximité de leur lieu d'émission dans le larynx postérieur. Les phonèmes qui les suivent, proches d'eux et éloignés des autres, sont le ġayn et le ḫā᾽‎. C'est pour cela que les Arabes prononcent distinctement (bayyana) le nūn au contact du ḥā᾽‎ et de ses analogues, et qu'il n'y a que cette prononciation distincte. Tantôt ils le prononcent distinctement, et tantôt ils le voilent (aḫfā), au contact du ḫā᾽‎ et du ġayn. Du fait qu'ils sont proches de leur analogues, ils le prononcent distinctement, et du fait qu'ils sont au-dessus de leur niveau, ils ne le prononcent pas distinctement. Les phonèmes les plus éloignés du ḥā᾽‎ et de ses analogues sont le bā᾽‎, le mīm et le fā᾽‎, parce que le lieu d'émission du bā᾽‎ et de ses analogues est entre les lèvres: c'est le maximum de l'éloignement du ḥā᾽‎ et de ses analogues. Le yā᾽‎ et le wāw sont analogues, et ils le sont totalement, parce que leur lieu d'émission est dans la cavité de la bouche, un endroit de la bouche ne se rencontrant pas avec eux, comme il se rencontre avec d'autres. Tu constateras cela, si tu l'expérimentes".

3) La critique des opinions d'al-Farrā᾽‎

"Ce que Sībawayhi a mentionné en détail est plus exact et meilleur que cela. Al-Farrā᾽‎ est en désaccord avec Sībawayhi sur deux points: l'un, du fait qu'il place le lieu d'émission du wāw et du yā᾽‎ dans la cavité de la bouche, et l'autre, du fait qu'il place le fā᾽‎, le et le mīm entre les lèvres, et qu'il mentionne l'alif qui est le hamza, sans mentionner l'alif en réalité. Je pense qu'al-Farrā᾽‎ a emprunté ce qu'il mentionne au sujet du wāw, du yā᾽‎ et du fā᾽‎, à l'auteur du Kitāb al-῾‎Ayn qui a placé l'alif, le wāw et le yā᾽‎ dans l'air (hawā᾽‎), sans qu'ils se rattachent à une région (ḥayyiz). L'auteur du Kitāb al-῾‎Ayn a placé également le fā᾽‎, le et le mīm dans une même région et les a appelées labiales".

"Al-Mufaḍḍal b. Salama a adopté l'opinion d'al-Farrā᾽‎ au sujet du wāw et du yā᾽‎ et a donné comme argument en sa faveur, que l'un s'assimile à l'autre et s'accommode en lui, par assimilation (idġām), ainsi: lawaytuhu, layyan, ṭawaytuhu, ṭayyan, et par accommodation (qalb), ainsi: mūqin, mūsir dont l'origine est muyqin, muysir, d'al-yaqīn, al-yasār".

"Ce qu'il dit est une erreur, parce que les phonèmes peuvent être analogues par des concordances (ittifāqāt) entre eux, sans le fait d'être dans une même région et sans le voisinage (taǧāwur) dans le lieu d'émission. Ainsi, nous assimilons le nūn au mīm, qui ne sont pas dans une même région, ni voisins dans le lieu d'émission, à cause de leur nasalité (ġunna) commune. Le hamza s'accommode en wāw et yā᾽‎, alors qu'il n'a pas leur lieu d'émission, comme dans mu᾽‎min, bi᾽‎r: mūmin, bīr. Cette expérience, qui est comme un témoignage, nous suffira, parce que si tu débutes par un phonème ouvert (=vocalisé a) et que tu lui joignes un wāw, un yā᾽‎ ou un alif, puis que tu fasses la pause, la différence de leur lieu d'émission t'apparaîtra, ainsi: law, tay, laa. Ceci n'a pas besoin d'être confirmé par des preuves".

LA DIVISION DES PHONÈMES EN maǧhūra (ÉCLATANTS) ET mahmūsa (ÉTOUFFÉS)

A) Le texte de Sībawayhi

La recension donnée par al-Sīrāfī fournit deux variantes: fa᾽‎iḏā aradta i῾‎tibār al-ḥarf, au lieu de: iǧrā᾽‎ al-ḥurūf,
et bi-ḥurūf al-madd wa-bimā fīhā minhā, au lieu de bi-ḥurūf al-līn wa-l-madd aw bimā fīhā minhā.

B) Le commentaire d'al-Sīrāfī

"Sībawayhi a appelé ces phonèmes éclatants à cause de la plénitude (išbā῾‎) de l'appui qu'il y a en eux et qui empêche le passage du souffle (nafas) avec lui lors de la répétition, parce que la force du son demeure. Sībawayhi a tiré ce terme du mot ǧahr (éclat), et il a appelé les autres phonèmes étouffés, parce que le mot hams signifie: son voilé (ḫafī). À cause de la faiblesse de l'appui et du passage du souffle lors de la répétition du phonème, ils sont faibles".

"Sache que la répétition du phonème par laquelle on reconnaît l'éclatant de l'étouffé, n'est pas possible qu'avec le taḥrīk (= vocalisation), parce que le phonème sākin (= non vocalisé) ne peut pas être répété. Le sens de la phrase est que par la répétition du phonème, telle qu'il l'a mentionnée, on reconnaît l'éclatant de l'étouffé, que tu élèves la voix ou que tu voiles le phonème".

La suite du commentaire portant sur les mots: bi-ḥurūf al-madd wa-bimā fīhā minhā a été publiée par G. Jahn.

à la fin de son commentaire sur ce chapitre, al-Sīrāfī revient sur le problème de la distinction entre éclatant et étouffé, et il donne trois textes importants:

1) Une explication de Sībawayhi rapportée par Abū l-Ḥasan al-Aḫfaš

"J'ai interrogé Sībawayhi sur la différence entre éclatant et étouffé. Il répondit: dans l'étouffé, il t'est possible de le voiler et de le répéter. Dans l'éclatant, cela ne t'est pas possible. Puis Sībawayhi répéta le ṭā᾽‎ avec sa langue et le voila. Il dit: tu vois que cela est possible. Puis il répéta le tā᾽‎ et le dāl qui ont le lieu d'émission du t‚a᾽‎, et ce fut impossible".

2) Une autre explication de Sībawayhi

Ce texte a été édité par le R. P. Fleisch.

3) Une explication d'Abū Isḥāq

"Il n'est pas possible qu'un phonème ne puisse être rendu éclatant. Parmi les phonèmes, il y en a qui ne peuvent être prononcés qu'éclatants: ils sont au nombre de dix-neuf. Lorsque tu essayes de prononcer l'un d'eux, il ne t'est pas possible de le réaliser voilé. Essaye avec le tā᾽‎ et le dāl: c'est impossible et il n'est entendu qu'éclatant. Il y en a d'autres que tu peux prononcer et faire entendre voilés: ils sont au nombre de dix. Essaye cela avec le tā᾽‎ et tu le constateras. Ainsi tu dis: ta ta ta, ce phonème est entendu voilé et, si tu veux, tu le rends éclatant. Ses analogues (aḫawāt) suivent son comportement en ce qu'ils peuvent être entendus voilés, mais ils sont différents par leur mollesse et leur dureté".

LA DIVISION DES PHONÈMES EN šadīda (DURS) ET riḫwa (MOUS)

Dans cette quatrième partie du chapitre, al-Sīrāfī donne le texte de Sībawayhi par fragments qu'il commente successivement.

A) Définition et énumération des phonèmes

Texte de Sībawayhi

La dernière phrase, contenant les exemples, ne figure pas dans la recension donnée par al-Sīrāfī

Commentaire d'al-Sīrāfī

"Riḫwa est le contraire de šadīda. La différence entre les deux est que lorsque tu fais la pause sur le phonème dur, le son est resserré (inḥasara), tandis que lorsque tu fais la pause sur le phonème mou, le son n'est pas resserré. Tu dis aq et tu constates que le son est resserré; tu dis ou aḫ et tu constates qu'il s'écoule".

B) Les phonèmes intermédiaires

Transition d'al-Sīrāfī

"Puis Sībawayhi a mentionné huit phonèmes, considérant les uns entre les durs et les mous, et les autres durs ayant une similitude avec les mous. Il les a considérés ainsi, parce que le phonème dur est celui à l'endroit duquel le son est resserré lors de la pause et ... il n'est pas resserré, ainsi que nous l'avons mentionné. Or le son ne s'écoule pas à l'endroit de ces huit phonèmes, mais des accidents (a῾‎rāḍ) s'offrent à eux, obligeant le son à sortir en contact (ittiṣāl) avec un autre endroit et en s'échappant (insilāl) selon un mode (šarṭ) différent de celui du phonème mou".

a) le ῾‎ayn

G. Jahn a publié le commentaire.

b) le lām munḥarif

Commentaire: "Si tu obstrues les deux côtés de l'endroit du lām, le son est resserré et ne s'écoule pas du tout".

c) le mīm et le nūn

Commentaire: "De même le rā᾽‎ au début de son articulation: le son est resserré à son endroit et ne s'écoule pas. Lorsque tu les répètes, il s'incurve vers le lām et s'écarte pour l'écoulement du son".

d) le wāw et le yā᾽‎ layyina et l'alif hāwiyya

Texte de Sībawayhi

Les trois derniers mots: ṯumma al-wāw wa-l-yā᾽‎, ne figurent pas dans la recension donnée par al-Sīrāfī, mais sont mentionnés d'après la copie d'Abū Bakr Mabramān

Commentaire

"Ces trois phonèmes, qui sont le wāw, le yā᾽‎ et l'alif ..., à cause de l'ampleur (ittisā῾‎) de leur lieu d'émission, Les ḥarakāt (= voyelles brèves) en font partie. Dans le chant (ġinā᾽‎) et les autres modes (alḥān), on ne prolonge pas d'autres phonèmes qu'eux".
La suite du commentaire a été publié par G. Jahn.

La cinquième partie du chapitre de Sībawayhi, qui comprend la division des phonèmes en muṭbaqa et munfatiḥa, ne fait pas l'objet d'un commentaire de la part d'al-Sīrāfī, et le texte n'en est pas donné. Le commentaire sur ce chapitre se termine par les trois fragments sur les phonèmes maǧhūra et mahmūsa analysés ci-dessus.

Ainsi se présente le commentaire d'al-Sīrāfī sur le chapitre 565 du Kitāb: son intérêt n'est pas négligeable, tant pour la compréhension du texte de Sībawayhi, que pour la connaissance des théories phonétiques des autres grammairiens arabes.

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